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Benjamin Docer vu par Guy Lerbut

PORTRAITS D’AUTEURS

Un écrivain dresse le portrait d’un personnage récurrent né de son imagination



Enquêteur amateur dans trois romans policiers, Benjamin Docer ressemble beaucoup à son auteur, le Lillois Guy Lerbut. Ils ont les mêmes goûts, les mêmes passions, une vie similaire… Benjamin serait-il le double de papier de son créateur ? Guy Lerbut dresse le portrait de son héros. Qui lui ressemble forcément un peu…


« Quand Gilles Guillon m’a demandé une introspection de Benjamin Docer, j’ai éludé. Pas évident pour moi, il est le pur fruit de mon imagination. Benjamin Docer n’a pas de racines historiques, juste celles de la génération d’avant. Ses aventures sont ancrées dans le présent.


D’où vient l’idée de Benjamin Docer ?

Son nom d’abord. Je n’ai pas cherché longtemps. Il m’est venu à l’esprit sitôt que le besoin d’écrire s’est fait sentir. Une seconde a suffi et puis cela sonnait bien à l’oreille tout au moins la mienne, même les deux. Pourquoi un garçon et non une fille ? Parce que j’en suis un, pardi.

J’ai choisi le Nord comme terre de ses aventures car c’est la mienne, Wambrechies parce qu’avec Marie-Christine, nous y sommes d’honorables citoyens et que nous nous y sentons bien. Les fréquentes incursions de Benjamin dans l’Avesnois s’expliquent parce que j’y suis né.


En quoi sa vie est-elle remarquable au point de susciter l’écriture de trois romans ?

En fait, trois évènements fortuits sont venus en ondoyer le chemin. Imaginez : par deux fois, à vingt ans d’intervalle, il découvre un cadavre. Dans les deux cas, la cause de la mort est équivoque et la quête de vérité devient une obsession pour lui. Il arrive même que la police compte sur sa perspicacité pour l’aider à élucider ce qui s’avère être deux véritables énigmes. Avouez que ce n’est pas banal et qu’il n’est pas étonnant que sa vie en soit bouleversée. Sa retraite n’est pas plus un long fleuve tranquille, il se trouve être le premier suspect dans une sombre affaire de meurtre liée au sport automobile. Va-t-il sortir indemne du guêpier dans lequel il s’est fourré ? Trois évènements, trois épreuves pour Benjamin, lui préfère parler d’aventures, en tous cas, trois belles sources d’inspiration pour l’auteur que je suis.


Mais qui est Benjamin Docer ?

Il est le troisième et dernier enfant de Louis et Thérèse Docer. Louis est médecin à Wambrechies, Thérèse femme au foyer et bénévole dans diverses associations. Le cabinet médical siège rue du Pont Levis côté Vent de bise. Benjamin a toujours été protégé par ses parents. En cause une maladie contractée à 5 ans, qui récidive 10 années plus tard en le clouant trois mois au lit. Ce fut pour lui l’opportunité de se plonger dans la littérature écolo sous l’influence de l’oncle Jean, son mentor. En classe terminale, il rencontre Marine et connaît ses premiers émois amoureux. Marine, le bac en poche, poursuit en fac de droit alors que lui écarte de ses vœux les études longues. Son objectif : jouer au plus vite un rôle dans la vraie vie, il choisit un BTS Environnement.



Ses aventures démarrent lors de son stage de première année. Il découvre un premier cadavre, celui d’une étudiante, Virginie, militante écologique fortement engagée et qui s’avère être de la même promotion que Marine en fac de droit. Profondément éprouvé par cette découverte, il s’intéresse de près à l’écologie profonde, celle qui milite pour une démographie maîtrisée ce qui l’amène à percer Le Mystère Entropie (2018, Editions Ravet-Anceau). Sa vie sentimentale en sera ébranlée.


Benjamin termine brillamment ses études par une licence et logiquement démarre sa vie professionnelle dans une entreprise à vocation environnementale. Le travail l’accapare. Il se pose alors des questions existentialistes qu’il inhume dans les rallyes automobiles. La normalité de la vie avec ses contingences matérielles reprend le dessus quand une idylle se noue avec celle qui devient son épouse et la mère de leurs deux enfants. Ne tenant pas en place, il crée une entreprise de conseil Qualotus. L’entreprise prospère.


A l’instar de l’oncle Jean, le couple investit dans une résidence secondaire au Touquet au sein d’un village naturiste. Lors d’un footing avec son ami Daniel dans les dunes avoisinantes, Benjamin découvre au sommet de l’une d’entre elles, un cadavre à moitié nu. Il reconnaît un de ses voisins du domaine, Antonin, retraité, naturiste convaincu, ancien professeur d’économie controversé. Alors que son entourage plaide pour une mort naturelle, Antonin était cardiaque, Benjamin, enquêteur amateur mais perspicace, dénoue Le Mystère La Pérouse (2021, Gilles Guillon Editeur) sans s’épargner les foudres de certains.


Les années passent, les enfants sont maintenant adolescents. La passion du sport automobile le titille à nouveau. Il décide au dam de sa femme de vendre Qualotus et de s’adonner au rallye. Sa vie de patachon ne dure qu’un temps. Il est ramené à l’ordre par ses beaux-parents industriels qui lui proposent de reprendre leur entreprise métalic. Il n’hésite pas longtemps encouragé par le noyau familial. Il continuera à développer l’entreprise jusqu’à l’âge de la retraite.


Son fils Pierre lui succède à la tête de métalic. Benjamin, fort de son temps libre, décide de s’impliquer dans le sport automobile en temps qu’organisateur de rallye. Il vit alors à son corps défendant Le Mystère Bourrel (2022, Gilles Guillon Editeur). Raymond Bourrel, président de la ligue du sport automobile des Hauts de France, est assassiné. Benjamin, venu le rencontrer chez lui pour régler un différend, est le dernier à l’avoir vu vivant. Il est aussitôt soupçonné. Une épreuve dont il aura du mal à se dépêtrer et qui le poursuivra jusqu’à marquer son destin.


 

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Arrêter là l’introspection ne satisfit point Gilles, mon éditeur. La question, à laquelle il me pressait de répondre, était : quels liens entre Benjamin et moi ?

Beaucoup de lecteurs qui me connaissent m’identifient à Benjamin. Nous sommes bien différents mais je dois reconnaître un point commun : le besoin d’être dans l’action. Pour le reste, des bribes çà et là.

Si ma motivation première est d’imaginer une histoire à énigmes basée sur un scénario attractif pour le lecteur, pour autant chacun des romans a son thème de prédilection : l’écologie pour « Le Mystère Entropie », le naturisme pour « Le Mystère La Pérouse », enfin le sport automobile pour « Le Mystère Bourrel », mais on y trouve aussi des traverses comme la jeunesse, la démographie, l’amour, la religion…


Mes rapports avec tous ces thèmes

L’écologie : dans ma vie professionnelle, il m’a été donné de créer des formations supérieures dans le domaine de l’environnement. Je m’y étais réservé quatre heures d’enseignement sur les sciences de l’écologie. Comprendre les phénomènes naturels qui régissent la planète, en assurent l’équilibre… constitue les prémices à un comportement responsable. Mes convictions ne sont pas celles d’une révolution écologique mais celles d’une évolution dictée sans frilosité par les gouvernements. Les écrits de Jean-Marie Pelt que l’on retrouve conférencier dans « Le Mystère La Pérouse » furent révélateurs. Benjamin s’en est fortement inspiré.

Le naturisme : est-ce l’étymologie qui m’a fait plonger sur ce thème ? En tous cas, pour Benjamin, le naturisme est une manière de vivre en harmonie avec la nature dans le respect de soi-même, des autres et de l’environnement. J’y ajouterai la perception d’un sentiment de liberté. Après tout, nous naissons nus sans honte et cacher le sexe est le fruit d’une éducation particulière venue d’une civilisation antérieure. Benjamin est initié au naturisme par son oncle Jean.


Guy Lerbut, pilote de rallye sur les routes de l'Ardèche (Tour de France Auto 1975)

Le sport automobile : j’ai un point commun avec mon éditeur, la passion du rallye… Passion que certains jugeraient contradictoire dans un contexte écologique prégnant mais que j’assume pleinement. Cela m’a pris tout petit, spectateur assidu du « Rallye des Routes du Nord » dès que j’ai été en mesure de monter sur la mobylette d’une cousine, coéquipier dès 18 ans et pendant mes études, et enfin pilote pendant 20 ans. Benjamin a eu plus de chance que moi, celle de piloter des voitures qui lui ont ouvert les portes d’un classement scratch.

La jeunesse : comme je l’ai écrit plus haut, j’ai eu la chance d’enseigner les sciences écologiques. J’y ai côtoyé des étudiants post-bac. Ils m’ont donné autant que j’ai pu leur apporter. Et je me suis imaginé Benjamin, l’un d’eux, vivant indépendamment de son enquête, sa vie d’étudiant et ses premiers émois amoureux.

La démographie : thème tendancieux s’il en est et que l’on retrouve dans les trois opus. Benjamin est entraîné par son oncle Jean dans l’écologie profonde, celle qui prône, dans sa version la plus sage, une limitation des naissances. L’épuisement de notre planète vivante serait en partie dû à la démographie galopante de l’espèce humaine. Benjamin s’engage jusqu’à un certain point dans cette voie.

L’amour : Benjamin et Olivia, la fougue des premières années passées, vivent en harmonie. L’un ne peut faire sans l’autre, le plaisir d’être et de faire ensemble est un gage d’amour. S’immiscent dans leur vie de couple des suggestions érotiques basées sur le désir, ciment du couple. Je les assume pleinement pensant qu’elles devraient largement faire le pendant des scènes d’horreur dont nous abreuvent la réalité et de nombreuses fictions.

La religion : Benjamin a la chance d’avoir créé des liens avec Sœur Agnès. Il suffit souvent d’une rencontre opportune pour décider d’une vocation. Il se pose les mêmes questions que l’auteur sur l’existence de Dieu. Avoir la foi, ne serait-ce pas une manière de botter en touche ? Croire sans preuve, difficile pour lui. »


Le dernier mot est pour Benjamin. A la lecture de cette introspection, il a trouvé plus que des bribes entre l’auteur et lui.


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