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Louis Delamer vu par Jean-Christophe Macquet

Mis à jour : mai 7

PORTRAITS D’AUTEURS

Un écrivain dresse le portrait d’un personnage récurrent né de son imagination.

Louis Delamer est le fil rouge des romans historiques de Jean-Christophe Macquet à la Belle Epoque. Cet officier de l’Armée française apparaît dans cinq livres ayant pour cadre le début du XXe siècle. Particularité : ces romans évoluent dans des univers variés, allant de l’enquête policière réaliste au récit fantastique et à l’aventure ésotérique, qui n’ont pas de liens entre eux, faisant de Louis Delamer un aventurier intemporel.


Louis Delamer apparaît pour la première fois dans le roman L'Intrus publié aux Editions Henry en 2003. Capitaine dans les troupes coloniales, en attente d'une nouvelle affectation à la suite d'une grave blessure, il tente d'arracher sa maîtresse des griffes d'une secte démoniaque et est à la fois témoin et acteur des abominables faits divers qui défrayèrent la chronique dans la Haute Vallée de l'Aude durant l'été 1904.

Une nouvelle aventure de Delamer, Le Sang de la Gorgone, est éditée en 2004, toujours aux Editions Henry, durant laquelle, de la Côte d'Opale à la Riviera française, notre héros affronte les services secrets allemands sur les traces d'un terrifiant secret trouvant ses racines dans la mythologie grecque.

La trilogie s'achève par la publication de Werewolf en 2005, aux Editions Henry. Louis Delamer, fraichement intégré dans un service de renseignements dépendant des plus hautes instances de l'Etat, est chargé de mettre hors d'état de nuire un tueur en série calquant ses méfaits sur ceux de la fameuse Bête du Gévaudan, cent cinquante années plus tôt, dans le département de la Lozère.

Louis Delamer est un homme du peuple, un homme simple. Il est originaire de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) et compte parmi ses aïeux de nombreux marins-pêcheurs. C’est tout naturellement qu’il fait ses premières armes dans l’infanterie de marine puis dans les troupes coloniales. De simple soldat, il devient sous-officier puis officier, lieutenant et capitaine, avant sa blessure qui suspend momentanément sa carrière. Promis colonel durant la Première Guerre mondiale, il préférera les corps de troupes plutôt que de rester dans la gendarmerie et sera à nouveau gravement blessé en chargeant à la tête de son régiment africain.

Son existence bascule lorsqu’il croise la route de la belle cantatrice Pandora Olsberg dont il tombe follement amoureux. Pour imaginer ce personnage, je me suis inspiré de la vie de la célèbre Emma Calvé qui, comme Pandora, évolua dans un milieu ésotérique au tout début du siècle passé. On dit qu’elle fut la maîtresse de l’abbé Saunière, curé de Rennes-le-Château.

Sa mystérieuse disparition plonge Delamer dans un profond désarroi. Il retrouve véritablement le goût de vivre lorsqu’il rencontre Tiphaine Raguenel de la Bellière, aristocrate bretonne, descendante de Bertrand du Guesclin, historienne et aventurière. Cette relation intermittente se poursuivra jusqu’à la Grande Guerre et sans doute au-delà. Ce qui n’empêche pas l’officier d’accumuler les aventures avec des femmes surprenantes et de caractère comme Jane Barmsby ou Lady Angela Forbes dont je parlerai un peu plus loin.

Depuis la dramatique aventure survenue dans la haute vallée de l’Aude, Louis Delamer se retrouve confronté au surnaturel, se faisant une spécialité de combattre les forces obscures qui menacent notre monde. Il intégrera d’ailleurs une cellule spéciale de la gendarmerie nationale chargée de missions particulières dans l’univers de l’occulte.


Louis Delamer réapparaît en 2014 dans le roman Dans l'œil du cyclope publié chez Pôle Nord Editions au sein de la collection 14/18 consacrée à la Première Guerre mondiale. Promu colonel après trois années dans les tranchées, et sérieusement blessé durant l'offensive Nivelle, il est chargé d'enquêter sur des meurtres rituels à l'arrière du front et assiste à la fameuse et très controversée mutinerie des troupes britanniques à Etaples en septembre 1917. Le colonel Delamer va alors croiser la route d’un personnage hors norme de l’Histoire de la Première Guerre mondiale dans le Nord de la France : Lady Angela Forbes (photo ci-dessous, à gauche).

Cette aristocrate britannique, proche parente de la famille royale, possédait une villa au Touquet. Après s’être engagée comme infirmière, elle se consacra à soulager les souffrances des jeunes recrues qui transitaient par le camp d’Etaples avant de partir aux fronts. Les conditions de vie et d’entraînement étaient tellement inhumaines qu’en septembre 1917, les soldats se révoltèrent. Lady Forbes, surnommée Angelina, très populaire parce qu’elle avait financé l’achat d’une roulotte et distribuait thé et sandwichs aux soldats, fut portée en triomphe par les mutins au grand désespoir du général commandant le camp.

Louis Delamer n'est pas le personnage principal du roman Un Américain sur la Côte d'Opale, paru en 2015 chez Pôle Nord Editions (réédité en 2020 chez Gilles Guillon), il n'est qu'un maillon de la chaîne parmi d'autres caractères masculins ou féminins, mais il a l'honneur de mettre un terme à une incroyable machination. Ce roman, tout comme L’Intrus, est fortement inspiré par l’univers de P.H. Lovecraft. Deux chapitres se déroulent d’ailleurs aux Etats-Unis dans la mystérieuse cité portuaire d’Innsmouth. Louis Delamer est envoyé sur la Côte d’Opale afin de retrouver une ressortissante colombienne soupçonnée d’être mêlée à une tentative d’extorsion de fonds contre la société Valroy qui commercialise l’eau minérale du Touquet. Cette jeune femme, séide d’une secte vaudou, n’est autre que l’épouse du célèbre aventurier français Emile Dubois (voir plus loin).

Ces deux derniers romans se déroulent en partie sur la Côte d’Opale, dans un triangle Berck-Plage, Montreuil-sur-mer et Etaples-Le Touquet. La Belle Epoque vit le développement des deux stations balnéaires tandis que Montreuil et surtout Etaples, petit port de pêche traditionnel, devenaient l’un des hauts lieux de la peinture. On parle d’ailleurs « d’Ecole d’Etaples » pour évoquer cet engouement, cette émulation qui vit des artistes du monde entier poser leurs chevalets dans cette partie Sud de la Côte d’Opale.


C’était l'occasion idéale de propulser sous les projecteurs un personnage de notre région au destin hors normes, Louis-Amédée Brihier, alias Emile Dubois (photo ci-dessus, à droite). Cet aventurier, né à Etaples le 30 mars 1867, n'apparaît jamais dans le roman, mais il en est, involontairement, l'un des fils conducteurs. Son histoire est absolument incroyable et mérite d'être évoquée :

Après avoir passé une partie de sa jeunesse dans le village de Sangatte, proche de Calais, Louis-Amédée Brihier aurait quitté la France à la suite d'un meurtre commis à Etaples dont on ne retrouve la trace, ni dans les archives, ni dans les journaux d'époque. Il est accusé d'avoir assassiné le père de sa petite amie et s'enfuit pour se réfugier dans la cité minière de Courrières où il fut également soupçonné d'un autre homicide.

Il embarqua au Havre pour la Colombie, comme simple matelot, et prit le pseudonyme d'Emile Dubois. Il s'installa ensuite au Venezuela, se prétendant vétérinaire puis médecin, avant d'aller chercher fortune au Pérou. Il revint en Colombie et épousa une jeune comédienne, Ursula Morales. Le couple posa ses bagages à Bogota. Emile Dubois s'engagea comme officier dans l'armée avant de quitter une nouvelle fois la Colombie et d'entamer un périple, le long de la Cordillère des Andes, qui le mènera en Equateur, au Pérou puis à Valparaiso au Chili. Cette fois, Emile Dubois se prétendra ingénieur des mines et entamera une nouvelle carrière professionnelle.

Le 15 juin 1906, Emile Dubois est arrêté par la police chilienne qui le soupçonne d'être l'auteur d'une série de meurtres à Valparaiso et à Santiago. Le Français clama son innocence et récusa son avocat pour plaider lui-même sa défense. Malgré tout, il fut condamné à mort et exécuté le 26 mars 1907.

Sa condamnation provoqua une série de manifestations contre la peine capitale. Le peuple de Valparaiso qui croyait à l'innocence de Dubois sollicita sa grâce auprès du président de la république, mais sans réussite. Emile Dubois est passé par les armes. La légende précise qu'il refusa de porter un bandeau et commanda lui-même le feu.

D'après une tradition religieuse implantée dans les milieux populaires de Valparaiso, l'âme des innocents, injustement condamnés à mort, demeure sur place et devient source de miracles. Immédiatement après son enterrement, le peuple de Valparaiso se précipita sur la tombe du Français pour la couvrir de cierges et l'inonder de prières. Cette situation se poursuivit alors même que le corps fut jeté, un an plus tard, à la fosse commune.

Alors qu'il est totalement inconnu à Etaples, la ville qui l'a vu naître, Louis-Amédée Brihier, alias Emile Dubois continue de faire parler de lui à Valparaiso. Il fait l'objet d'un culte animiste. Des messes lui sont dédiées et des processions sont organisées, encore aujourd'hui, les mardis et les vendredis jusqu'à sa tombe. Sa vie tumultueuse a fait l'objet de nombreuses émissions à la télévision chilienne, d'un roman et d'une pièce de théâtre. Cependant, les événements qui ont marqué son existence et qu'il a transcrits noir sur blanc à la veille d'être exécuté, sont-ils bien réels, ou a-t’il voulu mystifier la postérité comme il a mystifié une partie de ses contemporains ?

Jean-Christophe Macquet

Gilles

Guillon

petit éditeur nordiste
régional et régionaliste (et fier de l'être)
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